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Les tensions autour de la frontière entre le Yémen et l'Arabie Saoudite / Issues regarding the Saudi - Yemeni border

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LES TENSIONS AUTOUR DE LA FRONTIERE ENTRE YEMEN ET ARABIE SAOUDITE


Par M.Mouton



Date de l’information : 16/12/2010


Etats concernés : Royaume d’Arabie Saoudite, République du Yémen


Situation : Territoriale et humanitaire


Evénement :

Après des années de conflit autour de la frontière entre Arabie Saoudite et Yémen, le traité de Jeddah (2000) a mis fin au contentieux qui opposait les deux pays. Cependant, cette zone géographique est au centre de nombreuses tensions, causées notamment par la présence de « Houthi », des rebelles yéménites nommés ainsi après leur leader Badr Eddin al-Houthi. Cette situation a abouti à une intervention militaire saoudienne en novembre 2009. Bien que les autorités yéménites n’aient pas condamné l’intervention, ces évènements pourraient compliquer la relation entre les deux pays.

Un territoire conflictuel qui soulève la question des flux migratoires

La frontière entre l’Arabie Saoudite et le Yémen est définie dans le traité de Jeddah (12 novembre 2000), et résulte de près de 75 années de conflit. Ce traité reprend le traité de Taif (1934), contesté auparavant par le Yémen, en lui donnant une force obligatoire. De plus, il étend la démarcation de la frontière à des zones nouvelles qui n’étaient pas prise en compte par le précédent traité : les eaux territoriales sur la Mer Rouge, et les montagnes de Thar. Le traité stipule (article 4) que les zones frontalières doivent être démilitarisées, et exemptes de toute installation militaire. Ces zones s’étendent sur 5 km de chaque côté de la ligne de démarcation pour la partie de la frontière reprise du traité de Taif, et sur 20 km de chaque côté pour la partie nouvellement définie. La présence militaire doit être réduite à des « patrouilles de police mobiles », armée de manière légère (1 & 2).
La frontière est maintenant acceptée par les deux parties, mais le problème qui subsiste est celui de sa porosité. Les combats entre le gouvernement Yéménite et ses tribus alliées d’une part, et les rebelles Houthi d’autre part, ont amplifié un phénomène déjà important de migration de populations civiles du Yémen vers l’Arabie Saoudite. Les statistiques officielles estiment le nombre de tentatives illégales de passage à 695 500 dans les deux dernières années (3). Dans ce contexte, et malgré les obligations de l’Arabie Saoudite en droit international, les reconduites en sol Yéménite de réfugiés qui cherchent à échapper au conflit sont une pratique courante (4 & 5). Le secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires de l’ONU, M. Holmes, a estimé le total des populations déplacées à 250 000 en 2009 (6).

L’intervention militaire saoudienne
La présence de rebelles Houthi dans les zones frontalières est un autre facteur d’instabilité. Le 5 novembre 2009, suite à la mort d’un garde-frontière saoudien à la suite de combats dans la région de Jabal al-Dukhan dans lesquelles 11 autres militaires saoudiens ont été blessés, l’Arabie Saoudite a lancé une opération militaire pour sécuriser la frontière (7). L’opération a comporté des actions militaires dans les eaux internationales, où plusieurs bâtiments transportant des combattants Houthi ont été coulés (8 & 9). Des opérations ont aussi été menées sur le territoire yéménite, où l’armée saoudienne a bombardé des positions Houthi (10). L’un des principaux soucis des autorités saoudiennes a été d’expulser les Houthi de la zone frontalière (11). Le conflit armé a pris fin le 11 février 2010, à la suite du cessez-le-feu déclaré unilatéralement par les Houthi.
Le gouvernement du Yémen n’a pas condamné les raids saoudiens sur son territoire, et sa première réaction a été de nier toute incursion saoudienne sur son sol, en affirmant que les opérations avaient lieu du côté saoudien de la frontière. Les rebelles Houthi ont se sont par ailleurs posés en défenseurs de la souveraineté territoriale du Yémen. Le Président Saleh a accueilli favorablement le rôle de l’Arabie Saoudite dans cette guerre contre son ennemi Houthi. Il a déclaré le 7 novembre 2009 que la « véritable guerre » contre les dissidents Houthi avait commencé avec l’intervention saoudienne. La position du gouvernement est donc de considérer l’action saoudienne comme bénéfique pour l’intérêt national (12). Cependant, après le récent regain d’attention pour le Yémen par les médias, concernant les potentielles menaces terroristes abritées par ce pays, le ministre des biens religieux Hamoud al-Hithar a réaffirmé l’attachement du Yémen à sa souveraineté nationale : « une intervention externe aura pour seule conséquence d’unir les Yéménites contre toute action militaire extérieure » (13). La presse yéménite a également dénoncé l’attitude de l’Arabie Saoudite par rapport au Yémen, en appelant à un plus grand respect mutuel (14).
La position de la communauté internationale est avant tout centrée sur les conditions de vie des civils et la question de l’intervention saoudienne n’a pas été discutée par le Conseil de Sécurité de l’ONU ou par son Assemblée Générale. Cependant, Human Rights Watch a appelé tous les acteurs du conflit à protéger les civils, et a demandé à l’Arabie Saoudite la cessation des reconduites à la frontière des réfugiés (15). Le 11 novembre 2009, Amnesty International a exprimé ses inquiétudes quant à la sécurité des populations implantées dans la région, et a mentionné les accusations au sujet de l’utilisation par l’armée saoudienne de bombes au phosphore. L’organisation a demandé aux autorités saoudiennes de clarifier leur position quant à ces accusations, et a mis en garde contre les conséquences désastreuses que cela pouvait entraîner en cas d’utilisation à proximité d’habitations civiles, sans toutefois obtenir de réponse. De plus, Amnesty International a souligné que l’Arabie Saoudite et les Houthi prétendent détenir des prisonniers ennemis, mais ne permettent pas au Comité International de la Croix Rouge (CICR) d’y avoir accès (16).
Sources :

(1) Halwan Al-Enazy A., « "The International Boundary Treaty" (Treaty of Jeddah) Concluded between the Kingdom of Saudi Arabia and the Yemeni Republic on June 12, 2000 », in The American Journal of International Law, Vol. 96, No. 1 (Jan., 2002), pp. 161-173
(2) “International Boundary Treaty”, ou “Traité de Jeddah”, le 16 juin 2000
(3) Al-Saheil T., “securing the Saudi-Yemeni boarder”, in Yemen Times (Sana’a), le 9 septembre 2010 (consulté via https/global.factiva.com, le 4 décembre 2010)
(4) “Civilians flee violence to Saudi Arabia” in Yemen Times (Sana’a), le 29 novembre 2010 (consulté via https/global.factiva.com, le 4 décembre 2010)
(5) Communiqué de presse de Human Rights Watch, le 4 novembre 2009
(6) Conférence de presse du secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires, M. John Holmes, le 10 octobre 2009
(7) “Saudi Soldier Killed in Houthi Raid”, in Al Jazeera English (Doha), le 4 novembre 2009 (consulté via https/global.factiva.com, le 4 décembre 2010)
(8) Al-Hayat (London), le 18 novembre 2009
(9) Al-Sharq Al-Awsat (London), le 19 novembre 2009
(10) “Les forces saoudiennes bombardent les bastions des rebelles Houthis au Yémen” in Xinhua Press agency (Beijing), le 5 novembre 2009 (consulté via https/global.factiva.com, le 4 décembre 2010)
(11) Conférence de presses du ministère de la Défense, le Prince Khaled Bin Sultan, le 22 décembre 2009, résumée dans le câble diplomatique américain n°09RIYADH1667 rédigé par l’ambassadeur James B. Smith, à Riyadh
(12) Câble diplomatique américain n°09SANAA2040 Rédigé le 9 novembre par l’ambassadeur Stephen Seche, à Sana’a
(13) Saeed A., “Minister warns against foreign military action in Yemen”, in Yemen Times (Sana’a), le 25 novembre 2010 (consulté via https/global.factiva.com, le 4 décembre 2010)
(14) Al-Haifi H., “From Saudi Arabia, with love: the capture of ‘subversives’”, in Yemen Times (Sana’a), le 29 novembre 2010 (consulté via https/global.factiva.com, le 4 décembre 2010)
(15) Communiqué de presse de Human Rights Watch : « Saudi Arabia/Yemen: Protect Civilians in Conflict with Rebels », le 4 décembre 2009 (http://www.hrw.org/en/news/2009/12/04/saudi-arabiayemen-protect-civilians-conflict-rebels, consulté le 19/12/2010)
(16) Communiqué de presse d’ Amnesty International : « Les forces soudiennes et yéménites doivent protéger les civils pris dans le conflit de Saada », le 11 novembre 2009 (http://www.amnesty.org/fr/news-and-updates/saudi-arabian-and-yemeni-forces-must-protect-civilians-sa’da-conflict-20091111, consulté le 19/12/2010)

Référence :

Sur l’Arabie Saoudite
- DAZI-HÉNI F., Monarchies et sociétés d'Arabie, Paris, Presses de Sciences Po, 2006
- DROZE-VINCENT P. & SALAME G., “Saudi Arabia”, in Encyclopaedia Universalis
- DA LAGE O., Géopolitique de l’Arabie Saoudite, Bruxelles, Edition Complexes, 1996, 2006

Sur le Yémen
- DRESCH P., A History of modern Yemen, Cambridge, Cambridge University Press, 2000
- Rapport du Sénat Français sur le Yémen : http://www.senat.fr/ga/ga35/ga354.html#toc104 (consulté le 18/12/2010)
- Bernin P., « Les guerres cachées du Yémen » in Le Monde diplomatique, octobre 2009, http://www.monde-diplomatique.fr/2009/10/BERNIN/18194#nb3, consulté le 18/12/2010



Dernière édition par Morgan Mouton le Lun 23 Mai - 13:19, édité 1 fois

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MAJOR ISSUES REGARDING THE SAUDI-YEMENI BORDER


By M. Mouton



Date of information: December 16, 2010

Actors concerned: the Saudi government, the Yemeni government, the Houthi rebels

Situation: territorial and humanitarian


Main events:

After decades of conflict around the Saudi-Yemeni borders, the treaty of Jeddah (2000) ended the quarrel. However, this area is subjected to strong tensions, due to the presence of the so-called “Houthis” – Yemeni rebels that were named after the leader Badr Eddin al-Houthi – near the border. This situation led to a military intervention of the Saudi forces in November 2009. Although the Yemeni government has not denounced them, these events could complicate the situation.

A historically disputed territory that raises issues of immigration

The Saudi-Yemeni border is defined in the Treaty of Jeddah (November 12, 2000), and is the product of an almost 75 years long dispute. It reaffirms the previous Treaty of Taif (1934) as valid and binding for the two parties, and extends the border to the Red Sea ad to the Thar Mountains, two territories that were not taken into account in 1934. The treaty stipulates (article 4) that the area on both sides of the border has to be demilitarized and empty of any military installation. This area represents 5 km on each side for the part of the border that was inherited from the Treaty of Taif, and extends to 20 km for the newly established part of the border. Military presence is restricted to “mobile police patrols”, armed with “customary weapons” (1 & 2).
Now that the borders are accepted by both countries, the main problem lies in their porosity. The fights between the Yemeni government and its allied tribes in the one hand, and the Houthi rebels in the other hand, have amplified an already huge movement of civilians streaming from Yemen to Saudi Arabia in search of better living conditions. Official statistics estimated the number of attempted illegal infiltrations at 695,000 in the past two years (3). In this context, the refoulement of refugees is a common practice for the Saudi authorities at the border, although it is an obligation for Saudi Arabian in International law (4 & 5). The vice secretary general for humanitarian affairs for the UN, M. Holmes, estimates that the displaced populations represented 250,000 persons in 2009(6).

The Saudi military intervention

The presence of Houthi rebels around the border is another factor of instability. In November the 5th, following the death of a Saudi guard after a fight where 11 other Saudi soldiers were injured in the region of Jabal al-Dukhan, Saudi Arabia launched a military intervention to secure the border (7). The operation involved maritime military action including in international waters, with the sinking of boats transporting fighters (8 & 9). Operations were also led on Yemeni soil, with the Saudi army bombing Houthi positions (10). One of the main concerns of the Saudi authorities was to expel the “intruders” from this region, with the idea of securing the border (11). The armed conflict only ceased on February 11, 2010 after a unilateral ceasefire declared by the Houthis.
The Yemeni government did not denounce the Saudi air strikes on its territory, and its first reaction was to deny any Saudi incursion, insisting that the operations were taking place on Saudi soil. Interestingly, the Houthi rebels tried to spread the idea that they were fighting for Yemen’s sovereignty and territorial integrity. President Saleh welcomes Saudi Arabia’s role in the war against his enemies. He declared on November 7 2009 that “the real war” against the Houthis had only started with the Saudi operations. The Yemeni position is to consider these actions as beneficial for Yemen (12). However, after the recent focus of international press on Yemen and the terrorist threats that it may hold, the minister of endowment Hamoud al-Hithar reaffirmed Yemen’s attachment to its sovereignty: “an external intervention will only unify the Yemenis against any military action from outside” (13). In the Yemenit press, voices also reacted to the Saudi “negative” attitude regarding Yemen and called for more respect (14).
The international position is mainly focused on the condition of civilians, and the matter was not discussed by the UN Security Council or by the general Assembly. However, Human Right Watch called for the protection of civilians for all the parties involved in the conflict, and asks Saudi Arabia not to “forcibly return” the Yemeni refugees who try to reach Saudi territory (15). On the 11th of November 2009, Amnesty International expressed its concern for the security of civilians in the region, and mentioned the rumors of the use of phosphor bombs by the Saudi Army. The organization asked for a clarification on this point, and warned the Saudis that such weapons are devastating if used near civil populations. However the Saudi authorities did not reply the organization. In addition, Amnesty International stressed that while Houthis and Saudis claim to detain prisoners from their adversary, both parties did not authorize the International Committee of the Red Cross to access the detainees (16).

Sources:

(1) Halwan Al-Enazy A., « "The International Boundary Treaty" (Treaty of Jeddah) Concluded between the Kingdom of Saudi Arabia and the Yemeni Republic on June 12, 2000 », in The American Journal of International Law, Vol. 96, No. 1 (Jan., 2002), pp. 161-173
(2) “International Boundary Treaty”, or “Treaty of Jeddah”, June 16, 2000
(3) Al-Saheil T., “securing the Saudi-Yemeni boarder”, in Yemen Times (Sana’a), September 9, 2010 (consulted via https/global.factiva.com, on December 4)
(4) “Civilians flee violence to Saudi Arabia” in Yemen Times (Sana’a), November 29, 2010 (consulted via https/global.factiva.com, on December 4)
(5) Press release from Human rights watch, November 4, 2009
(6) Press conference of the vice secretary general for humanitarian affairs for the UN, M. John Holmes, October 10, 2009
(7) “Saudi soldier killed in Houthi raid”, in Al Jazeera English (Doha), November 4, 2009 (consulted via https/global.factiva.com, on December 4)
(8) Al-Hayat (London), November 18, 2009 (consulted via https/global.factiva.com, on December 4)
(9) Al-Sharq Al-Awsat (London), November 19, 2009 (consulted via https/global.factiva.com, on December 4)
(10) “Les forces saoudiennes bombardent les bastions des rebelles Houthis au Yémen” in Xinhua Press agency (Beijing), November 5, 2009 (consulted via https/global.factiva.com, on December 4)
(11) Press conference of Assistant minister of Defence, Prince Khaled Bin Sultan, December 22, 2009, summarized in the US diplomatic cable n°09RIYADH1667 by ambassador James B. Smith in Riyadh
(12) US diplomatic cable n°09SANAA2040 written on November 9 by ambassador Stephen Seche in Sana’a
(13) Saeed A., “Minister warns against foreign military action in Yemen”, in Yemen Times (Sana’a), November 25, 2010 (consulted via https/global.factiva.com, on December 4)
(14) Al-Haifi H., “From Saudi Arabia, with love: the capture of ‘subversives’”, in Yemen Times (Sana’a), November 29, 2010 (consulted via https/global.factiva.com, on December 4)
(15) Press release from Human Rights Watch by James Ross, December 4, 2009: « Saudi Arabia/Yemen: Protect Civilians in Conflict with Rebels », (http://www.hrw.org/en/news/2009/12/04/saudi-arabiayemen-protect-civilians-conflict-rebels, visited on 12/19/2010)
(16) Press release from Amnesty International, November 11, 2009: « Les forces soudiennes et yéménites doivent protéger les civils pris dans le conflit de Saada » (http://www.amnesty.org/fr/news-and-updates/saudi-arabian-and-yemeni-forces-must-protect-civilians-sa’da-conflict-20091111, visited on 12/19/2010)


Référence:

On Saudi Arabia:
- DAZI-HÉNI F., Monarchies et sociétés d'Arabie, Paris, Presses de Sciences Po, 2006
- DROZE-VINCENT P. & SALAME G., “Saudi Arabia”, in Encyclopaedia Universalis
- DA LAGE O., Géopolitique de l’Arabie Saoudite, Bruxelles, Edition Complexes, 1996, 2006

On Yemen:
- DRESCH P., A History of modern Yemen, Cambridge, Cambridge University Press, 2000
- Report of the French Senate on Yemen: http://www.senat.fr/ga/ga35/ga354.html#toc104 (visited on 12/18/2010)
- Bernin P., « Les guerres cachées du Yémen » in Le Monde diplomatique, October 2009, http://www.monde-diplomatique.fr/2009/10/BERNIN/18194#nb3, visited on 12/18/2010

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